Déclinaison Régionale du Plan National d’Actions (DRPNA) en faveur des Papillons de Jour

A l’échelle européenne, 31% des espèces de papillons de jour voient leur population décliner. En Grand Est, la situation est particulièrement préoccupante avec 30% des espèces régionales de papillons de jour menacées d’après la liste rouge Grand Est de 2023.

Un Plan National d’Actions (PNA) d’une durée de 10 ans est actuellement coordonné par la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes et animé par l’Opie. Il concerne 38 espèces de papillons diurnes patrimoniaux.

Pour plus d’informations vous pouvez consulter le site internet national ou le Plan national d’actions 2018-2028

Ce PNA est décliné dans chaque territoire. Pour le Grand Est, il s’agit des trois Conservatoires d’espaces naturels des trois anciennes régions : Alsace, Champagne – Ardenne et Lorraine.

L’objectif à long terme de la DRPNA Grand Est est de sauvegarder les papillons de jour du territoire régional, en cohérence avec les priorités nationales du PNA et les spécificités régionales mises en évidence par la liste rouge régionale.

Les espèces concernées

En Grand Est, 162 espèces ont été recensées (141 Rhopalocères et 21 Zygènes) et représentent plus de 52% de la faune métropolitaine française, estimée à 310 espèces. Cette richesse témoigne de la variété des milieux régionaux (pelouses, prairies, forêts claires, zones humides, versants thermophiles), de la diversité biogéographique (influences continentale, atlantique, alpine) et d’un héritage d’observations richement documenté.

Les espèces sélectionnées pour la DRPNA Grand Est sont catégorisées en trois groupes. L’assignation d’un taxon à l’un de ces groupes est liée à la fois au degré de menace dans le Grand Est (cf. statut sur la liste rouge régionale) et à la fois sur des critères opérationnels.

  • Groupe « Espèces »: il se compose de taxons particulièrement menacés en Grand Est sur lesquels des actions ciblées, principalement sous la forme de plan de conservation, sont programmées. Une logique de stratégie opérationnelle y justifie à la fois l’absence de certains taxons menacés (au statut « En danger » sur la liste rouge) et à la fois la présence de certains taxons moins menacés (aux statuts « Vulnérable » ou « Quasi-menacé » sur la liste rouge). Ce groupe compte 24 taxons.

Hipparchia fagi - Statut CR sur la Liste Rouge du Grand Est

Lycaena helle - Statut EN sur la Liste Rouge du Grand Est

Phengaris alcon rebeli - Statut CR sur la Liste Rouge du Grand Est

Pyrgus carthami - Statut CR de la Liste Rouge du Grand Est

  • Groupe « Cortège » : il se compose de taxons menacés en Grand Est sur lesquels des actions visant notamment la fonctionnalité des milieux sont programmées. L’approche opérationnelle y est plus systématique. Ce groupe rassemble 41 taxons.

Erebia epiphron - Statut EN sur la Liste Rouge du Grand Est

Hesperia comma - Statut EN sur la Liste Rouge du Grand Est

Lycaena hippothoe - Statut EN sur la Liste Rouge du Grand Est

Melitaea aurelia - Statut VU sur la Liste Rouge du Grand Est

  • Groupe « Surveillance » : il se compose de taxons méconnus, parfois disparus au niveau régional, sur lesquels des actions de surveillance des observations sont programmées. Ce groupe compte 10 taxons.

Aglaope infausta - Statut DD sur la Liste Rouge du Grand Est

Rhagades pruni - Statut DD sur la Liste Rouge du Grand Est

Pourquoi les protéger?

Les papillons diurnes, des pollinisateurs essentiels.

Le territoire français héberge une importante diversité d’insectes pollinisateurs, avec près de 1 000 espèces d’abeilles sauvages, plus de 500 espèces de syrphes, 280 espèces de papillons de jour et environ 5 500 espèces de papillons de nuit.

En visitant les fleurs pour s’alimenter en nectar, ils transportent du pollen de plante en plante, contribuant ainsi activement à la reproduction d’une multitude de plantes sauvages et cultivées. Bien que les papillons de jour transportent généralement moins de pollen sur leur corps que les bourdons ou les papillons de nuit, leur portée géographique plus grande et leurs vols prolongés assurent des échanges génétiques entre population végétales parfois très éloignées. En ce sens, la disparition locale des papillons entraîne des difficultés plus large de reproduction pour certaines plantes et d’appauvrissement des milieux naturels.

Des maillons clés des réseaux trophiques

Les papillons occupent une place non négligeable dans la chaîne alimentaire. Leurs chenilles, principalement phytophages (consommatrices de feuillages, fleurs ou fruits), représentent une source de nourriture pour de nombreux prédateurs invertébrés (arachnides, guêpes et mouches parasitoïdes) et vertébrés insectivores (oiseaux). Les papillons contribuent au transfert d’énergie et de nutriments entre les plantes (dont ils consomment la biomasse) et les niveaux trophiques supérieurs (prédateurs qui les consomment à leur tour). Un déclin généralisé des papillons entraîne donc des répercussions en cascade sur toute la communauté vivante, privant certains prédateurs d’une ressource alimentaire saisonnière essentielle.

Des bioindicateurs « performants ».

Les papillons de jour et les Zygènes sont d’excellents bioindicateurs de l’état de l’environnement, en grande partie grâce à leur cycle de vie court et à leurs exigences écologiques pointues. Dès le stade larvaire, ces insectes sont étroitement liés à leurs plantes hôtes, ce qui leur confère une sensibilité particulière aux variations de la qualité de la flore et des habitats qui leur sont associés. Leur présence, leur abondance et leur diversité permettent ainsi d’évaluer finement l’état de santé des écosystèmes. Leur cycle biologique rapide et leur forte réactivité aux modifications environnementales leur confère un rôle de sentinelles précoces.

De plus, la facilité d’observation et d’identification des papillons, grâce à leurs couleurs vives et à leurs motifs distinctifs, permet même aux naturalistes amateurs de contribuer efficacement à leur suivi. Cette accessibilité favorise la constitution de bases de données robustes et la mise en place de suivis protocolés à large échelle, indispensables pour détecter les perturbations écologiques avant que d’autres indicateurs ne soient affectés.

Valeur patrimoniale et culturelle

Il ne faut pas négliger le rôle sociétal et culturel des papillons. Leur beauté et la facilité relative avec laquelle on peut les observer en font des ambassadeurs de la biodiversité auprès du grand public. Les papillons suscitent l’intérêt et la curiosité, ce qui facilite les actions de sensibilisation à la protection de la nature. A travers programmes pédagogiques et sciences participatives, les papillons de jour sont un support idéal pour éduquer aux enjeux écologiques. En protégeant les papillons et leurs habitats, c’est tout un pan de notre patrimoine naturel, esthétique et même poétique que nous sauvegardons.

Une action de sensibilisation : papillon de l’année

En 2021, le CEN Alsace en partenariat avec IMAGO a lancé l’action « papillon de l’année » afin de mettre à l’honneur une espèce, de sensibiliser et communiquer autour de cette espèce, et d’améliorer la connaissance sur sa répartition.

2021 - Le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino)
2022 - La Bacchante (Lopinga achine)
2023 - L'Azuré du Thym (Pseudophilotes baton)
2024 - Le Cuivré de la Verge d'or (Lycaena virgaureae)
2025 - L'Azuré des paluds (Phengaris nausithous) et l'Azuré de la Sanguisorbe (Phengaris teleius)

Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement Grand Est

Agence de l’Eau Rhin Meuse

Partenaires techniques

Si vous êtes investis dans la préservation des papillons menacés, n’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part des actions que vous menez.